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Interview des autrices du guide d'écoconception de services numériques

Rédigé le 04/10/2022 par Youen Chéné

Interview

La 2ème version du guide d’écoconception de services numériques est disponible!

En mai dernier la nouvelle version du guide d’écoconception de services numériques de Designers Éthiques est sortie. Pour mettre en avant ce guide qui est un des plus digestes et actionnables du monde francophone, nous avons interviewé les personnes à l’origine du guide : Aurélie Baton et Anne Faubry.

Aurélie et Anne sur une terrasse au milieu d’un bocage.

Interview de Anne Faubry et Aurélie Baton

Bonjour Anne et Aurélie, pouvez-vous vous présenter rapidement svp?

Bonjour ! Nous sommes Anne FAUBRY et Aurélie BATON, toutes deux UX Designers et chargées du programme écoconception au sein de l’association Designers Éthiques. Nous nous sommes rencontrées au sein de l’initiative environnementale des employés alors que nous étions encore salariées chez IBM. Depuis nous sommes devenues indépendantes et nous réalisons désormais des missions d’écoconception et d’accompagnement sur le numérique responsable pour des entreprises dans le développement durable, des services publics et des ONGs.

Ce guide est une contribution de l’association des Designers Éthiques, pouvez-vous nous en dire plus sur cette association?

Designers Éthiques est une association de recherche-action sur les questions éthiques en conception numérique.

L’association a pour objectif de mener une réflexion sur les pratiques de design et d’aider les professionnels à mettre en oeuvre ces pratiques dans leur quotidien.

Les activités principales de l’association sont notamment :
- La recherche dans le domaine du design éthique et responsable et le partage
- La sensibilisation et la formation sur les sujets de design éthique et responsable (design de l’attention, écoconception, design systémique, etc.). Des ateliers et formations sont dispensés aux particuliers et entreprises.
- La conférence Ethics by Design. D’ailleurs, la prochaine édition se tiendra bientôt, du 16 au 18 novembre, en version hybride (présentiel et distanciel) !

Et maintenant pouvez-vous nous en dire plus sur ce guide?

Le guide a vocation à être une liste de bonnes pratiques à destination des concepteurs du numérique.

D’autres ressources existent sur ce sujet mais le guide de Designers Éthiques se distingue de plusieurs façons :
- Il s’adresse à des designers de services numériques et se concentre ainsi volontairement sur des questions d’expérience utilisateur, de fonctionnalités et de design d’interfaces.
- Les recommandations sont illustrées de bons ou de mauvais exemples pour plus de clarté car elles pourraient sans cela sembler parfois abstraites. De manière générale, les bonnes pratiques sont plus contextualisées que dans certaines ressources avec par exemple les enjeux du numérique, le contexte légal et international…​
- Les bonnes pratiques sont classées dans l’ordre des phases de développement d’un projet numérique, du cadrage à la fin de vie en passant par la mesure et le fait de convaincre les décisionnaires. Cela permet également de venir y piocher des conseils à tout moment du projet.

Ces bonnes pratiques ne sont pas normatives, et chacun·e peut y piocher ce qui fait du sens dans son contexte de projet, travail, etc.

Je crois que pour cette nouvelle édition vous avez vu des contributeurs, qui sont-ils?

Lors de la première édition, nous avions eu la précieuse aide de plusieurs relecteurs experts du sujet comme Frédéric Bordage, Richard Hanna et d’autres.
Pour cette deuxième édition, l’équipe s’est élargie de volontaires apportant de nouvelles expertises autour de la table : green UX avec Christophe Clouzeau, communication avec Léna Le Doaré, développement avec Vincent Riva et Pierre-Yvon Carnoy, accessibilité avec Anne-Sophie Tranchet ou encore communication avec Ferréole Lespinasse.

A qui est-il destiné? Designer? Développeurs? Product Manager? Intégrateur web? Hébergeur?

Quoique le guide soit rédigé pour des designers de services numériques (UX, UI designers principalement), nous avons eu des retours quant à son utilité de la part d’autres métiers de la conception : product owners, développeurs, web marketers… Les phases amont de projet sur le cadrage de besoin et la mesure d’impact, et aval sur la communication intéressent particulièrement ces autres profils. Beaucoup de développeurs se retrouvent également souvent à faire le travail du designer sans avoir de formation dédiée et sont intéressés par le fait de connaître les bonnes pratiques.

A qui n’est-il pas destiné?

Le guide n’est pas exhaustif. Il aborde peu par exemple les questions d’architecture de systèmes d’information, d’hébergement, de développement back-end…
Bien que certains designers_ print _recherchent des conseils en écoconception, notre guide se cantonne aux sujets numériques. Il a été enrichi sur les questions de communication mais n’a pas vocation à aborder les sujets de marketing.
Enfin, il est assez long ! Quoiqu’écrit de manière simple, certaines personnes souhaiteront peut-être avoir un contenu plus synthétique voire une checklist.

Quelles sont les nouveautés de cette version?

Dans cette version, nous avons effectué des mises à jour et ajouté des contenus qui nous étaient demandés, notamment :
- Une introduction revue et augmentée expliquant mieux les enjeux environnementaux de la conception numérique et ce qu’est l’écoconception
- Des explications plus précises sur l’utilisation du plugin GreenIT-Analysis de GreenIT.fr pour mesurer l’impact d’un parcours
- Les spécificités liées aux applications mobiles avec un zoom sur les applications web (progressive web apps)
- Le choix parfois difficile entre site statique et CMS et les raisons d’utiliser l’un ou l’autre
- Une partie entièrement dédiée à la grande question “Comment convaincre et diffuser ?” : les arguments et contre-arguments à employer, ainsi que des conseils pour mobiliser ses collègues, convaincre les décisionnaires, sensibiliser les utilisateurs, ou encore communiquer sans tomber dans le greenwashing
- Le lien entre écoconception et design systémique

Vous y trouverez aussi de nombreux ajouts de ressources et d’exemples de sites écoconçus.

Toutes les pages ont été revues, améliorées et complétées !

Comment s’est passé le processus d’écriture? C’était une bonne expérience?

Nous avons tout d’abord listé les ajouts que nous trouvions pertinents dans un tableau : nouvelles ressources, informations ou parties manquantes, exemple à mettre à jour… Ensuite avec les volontaires ayant rejoint le canal Slack dédié, nous avons échangé en visio une fois tous les 2 mois environ pour se partager la rédaction des parties ainsi que nos avancements. Chacun·e était libre de travailler sur les parties qui les intéressaient. Entre deux, nous travaillions tous sur le même document partagé ce qui nous a permis de relire et commenter ce que faisaient les uns les autres.

Si vous aviez un chapitre à recommander?

Anne : L’écoconception est entourée d’un certain nombre d’idées reçues. Nous avons essayé de les démystifier dans les chapitres Introduction et Convaincre. Je pense que cela peut être un bon point de départ pour commencer et se représenter avec plus d’exactitude l’état des lieux de l’écoconception à date.

Aurélie : La partie Aller plus loin, bien qu’à la fin du guide, ouvre sur d’autres perspectives, notamment le mode “hors-ligne” pour l’accès même dans les zones peu ou pas couvertes, ou encore la dé-numérisation plutôt que la numérisation à tout prix.

Si vous aviez un lieu commun de l’éco-conception que vous aimeriez voir disparaître?

Anne : « L’écoconception consiste à optimiser son site web. » C’est celui qui est le plus complexe à affronter chez nos clients car il se heurte à la démarche fondamentale de l’écoconception qu’est la sobriété. Minifier son code javascript ou compresser sa vidéo c’est important mais le levier au cœur du travail demeure de répondre le plus astucieusement et créativement possible au besoin utilisateur, sans utiliser de ressources superflues. Si la personne en face n’est pas prête à entendre cela et à remettre en cause certains choix fonctionnels, on aura du mal à faire une démarche rigoureuse.

Aurelie : « Un site éco-conçu c’est moche ou triste » : ce lieu commun a aussi la vie dure. Il y a souvent cette idée qu’un site éco-conçu est forcément monochrome et dénué de toute image ou illustration, ce qui est bien sûr faux. Même si la marque de fabrique des sites “low-tech” est reconnaissable par ses images tramées et un design “sobre”, cela ne signifie pas que tous les sites et applications éco-conçus doivent avoir cet aspect. De la même façon, un site d’apparence “low-tech” ne signifie pas pour autant qu’il est éco-conçu, par exemple le fameux site de VW (j’ose même pas mettre le lien au cas où ça leur ferait du trafic sur leur site ;) ).

Auriez vous une lecture autre que le guide à recommander à nos lecteurs?

Anne : Je pense que la lecture qui m’a le plus marqué récemment est le rapport d’étude de l’association SystExt « Controverses minières, Pour en finir avec certaines contrevérités sur la mine et les filières minérales ». Comme le nom l’indique bien, il vient bouleverser beaucoup d’idées reçues sur la prétendue « dématérialisation » et montre que l’écoconception est aussi un enjeu social et une nécessité face à des ressources minières qui ne sont pas infinies. Le rapport est long mais il est illustré de nombreux exemples du monde entier et balaie énormément de sujets en peu de pages tant les ramifications sont vastes et insoupçonnées.

Aurélie : C’est difficile de choisir, car il y a tellement de bons ouvrages et ressources sur le sujet, j’essaie de varier mes recommandations ;)
Je dirais que les Articles de Gauthier Roussilhe sont une très bonne manière de comprendre les impacts et aussi de les mettre en perspective. En tant que designer c’est important de garder cette vision plus large y compris les implications sociales et territoriales.